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Vous avez des caméras de surveillance, mais êtes-vous vraiment protégé?

Les systèmes de vidéosurveillance font partie du décor. Dans la plupart des entreprises, des caméras filment les accès au bâtiment et veillent sur des zones stratégiques: caisse, quai de chargement, entrée d’entrepôt. Ça tourne H24, les voyants rouges clignotent et les moniteurs rassurent. Votre sécurité semble sous contrôle, jusqu’au jour où… il faut se servir des images.

Un coup de téléphone en pleine nuit. Au bout du fil, la police vous informe que votre PME a été cambriolée. Une idée vous rassure: la vidéosurveillance. Quand la police récupère la séquence, les visages sont flous, les silhouettes sombres, la plaque du véhicule illisible. Bref, inexploitable. Changement de décor: la semaine dernière, un client se dispute avec un employé. Pour analyser la scène, vous sollicitez les images: dommage, elles ont été écrasées. Autre écueil, votre système respecte-t-il la réglementation? En cas de contrôle ou de plainte, vous risquez gros, accusé de filmer «illégalement» votre personnel. Même probantes, vos images valent alors zéro. Trois scénarios, une même conclusion: votre vidéosurveillance a fonctionné, mais cela ne vous sert à rien. Pire, cela a entretenu un «faux» sentiment de sécurité. Une caméra mal pensée n’est pas une demi-protection, c’est un piège.

Dans le viseur de la loi

En Belgique, la vidéosurveillance est encadrée par la loi dite «caméras» de 2007, revue en 2018 pour s’aligner sur le RGPD européen. En bref, vous devez déclarer toute installation, puis renouveler la déclaration chaque année, mais aussi tenir un registre écrit des activités de traitement d’images. Ce sera le premier document demandé en cas de contrôle. Autre obligation? Afficher un pictogramme à l’entrée, reprenant la mention «Surveillance par caméra – Loi du 21 mars 2007», les coordonnées du responsable, etc. Vous avez placé des caméras sur le parking pour lire les plaques? Alors, n’oubliez pas la mention «ANPR». La réglementation régit aussi strictement le traitement et la conservation des images et des données. Enfin, filmer vos employés est un terrain glissant. Dès qu’un poste de travail entre dans le champ, vous basculez sous la convention collective de travail n68, qui pose ses propres règles et précise les raisons autorisées. «Voir si un employé bosse», cela n’en fait pas partie. Pareil pour les caméras cachées.

Quand la technique rencontre le droit

Respecter la réglementation ne suffit pas, encore faut-il que votre système soit efficient. Dans ce sens, les choix techniques et juridiques sont les deux faces d’une même décision. Concrètement?

  • L’angle de vue: trop étroit, vous manquez la zone à protéger; trop large, vous filmez la rue, le trottoir, la vitrine du voisin, et vous êtes hors la loi sans le savoir. Le bon angle couvre la finalité déclarée, ni plus ni moins.
  • La résolution: une image de faible qualité est inutilisable, mais une image trop haute définition peut vous faire tomber sur le principe de minimisation du RGPD, interdisant de collecter plus que nécessaire.
  • Le stockage: votre système doit techniquement appliquer la règle du mois, avec rotation automatique et procédure d’extraction. Ce n’est pas une bonne pratique, c’est une obligation.
  • La sécurité: une caméra IP, c’est un «ordinateur», donc un mot de passe par défaut, un firmware non mis à jour, des accès distants, autant de portes entrouvertes. Le RGPD impose une sécurité proportionnée au risque, mais le jour où les images fuitent, c’est vous qui répondez.
  • L’hébergement: vos images sont-elles stockées localement, dans un cloud belge, européen, ailleurs? En cas de fuite, vous êtes responsable, aucun hébergeur étranger ne paiera l’amende à votre place.

Comment faire la mise au point?

Une installation saine peut être vérifiée en quelques minutes. Pour chaque caméra, savez-vous quelle est sa finalité, quel type de lieu elle couvre? Votre déclaration a-t-elle été renouvelée? Votre pictogramme est-il complet? Quid du registre des traitements? Vos employés ont-ils été correctement informés? Si l’une de ces questions vous laisse hésitant, l’angle mort n’est pas dans la zone filmée, il est dans le dispositif lui-même. Une vidéosurveillance bien pensée protège trois fois: contre l’incident, le litige interne et la sanction. Cela suppose un partenaire capable de tenir les deux bouts, le technique et le droit, mais aussi de penser la sécurité comme un écosystème, pas comme un empilement de caméras. En matière de sécurité, la meilleure caméra est celle qui ne servira jamais; la deuxième est celle qui fonctionne le jour J.

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